je vous avais promis de revenir si j’avais le temps, voilà qui est fait pour un week end… Je voulais vous tenir au courant: d’abord vous dire que j’avais rencontré monsieur Wang. Toute une longue soirée, nous avons parlé de la Chine. Il m’a expliqué que quand les problèmes étaient exposés, décrits, ce n’était pas grave… Mais quand on se tait, ou quand on tourne autour d’une question là c’est un vrai problème. Il a commenté, « vous les occidentaux ce n’est pas difficile de faire ce qui est votre spécialité: rendre compliqué un problème simple, ce qui est difficile c’est de rendre simple la réalité parce qu’elle est toujours complexe. Alors il faut du temps.
« Monsieur Wang, chaque fois que je lui parlais d’un problème, la pollution, les travailleurs migrants, les retraites, secouait la tête et me disait « ce n’est pas là le problème! Ca c’est facile à résoudre » et il m’a expliqué le problème, selon lui de la Chine, était la perte des valeurs et de la morale.
Ca m’a-t-il dit cela va être trés trés difficile à surmonter. Quand j’étais petit m’a-t-il dit si je trouvais par terre cinquante centimes, le rouge me montait au front à l’idée que quelqu’un puisse croire que j’allais garder cet argent, aujourd’hui ils n’ont plus honte…
Ce qu’il a fallu faire pour se développer était nécessaire mais c’est trés trés difficile à surmonter. A propos des dirigeants, il m’a encore expliqué beaucoup de choses, je n’ai pas tout compris, on ne comprend pas facilement ce que dit monsieur Wang. Il m’a dit que les jeunes dirigeants en préparation, ceux qui sont « montés » au dernier congrès du parti, n’étaient pas sûrs d’arriver au bout « celui dont on croît qu’il va diriger est menacé et être ainsi exposé est la meilleure manière d’être abattu ».
Ceux dont il m’a parlés ne lui convenaient pas ou du moins pas encore: « ils sont trop tendres, ils n’ont pas fait leurs armes, ils sont brillants intellectuellement mais ils ont encore beaucoup de choses à apprendre. » Et il m’a expliqué que l’un d’entre eux avait été envoyé dans la zone des troubles ouïgours dans la région autonome du Xingjiang et l’autre dans la ville la plus corrompue de Chine. Il fallait qu’ils fassent la preuve de leur capacité à nettoyer les écuries sans état d’âme.
Il a rit quand je lui ai demandé s’il fallait tuer ? Il a répondu « bien sûr qu’il faut tuer! » cela tournait autour de la violence légitime… Un dirigeant chinois doit savoir faire cela, m’a dit monsieur Wang, il doit être dur, il doit apprendre à trouver le point d’équilibre entre l’expression du peuple et la direction sans pitié d’un immense pays. « Votre démocratie ne nous convient pas, la Chine est trop grande, elle éclaterait et pourtant il faut la démocratie, retrouver les temps mythiques où les rois étaient élus par les paysans… Il ne faut pas de dynastie.
Ce n’est pas un problème que le dirigeant vive d’une manière princière, il le mérite, il en a besoin pour exercer sa fonction. le problème c’est quand celui qui vit comme un prince estime pour cela avoir le droit de gouverner alors qu’il n’en a pas les capacités, qu’il ne sait pas maintenir l’ordre et apporter au peuple de quoi boire, manger, dormir, se cultiver.
Parce que le problème est là, tous les dirigeants veulent le bonheur de leur peuple, ils ne font pas son malheur volontairement mais ils ne sont pas capables. Les capacités pour gouverner sont essentielles et la démocratie c’est aussi cela.
« Comment vous expliquer l’intérêt de cette discussion, elle résidait toute entière dans l’inconnu. Quand j’ai lu pour la première fois Machiavel j’ai éprouvé quelque chose de semblable. j’étais tellement convaincue que Machiavel était machiavélique que je ne mesurais pas que c’était un patriote, un véritable démocrate à la recherche d’un gouvernement populaire, « le prince » était lui aussi la recherche d’un point d’équilibre entre volonté du peuple et autorité fondatrice de la République.
Puis j’ai relu Machiavel après avoir rencontré Spinoza et j’ai perçu d’autres dimension, pratiquement révolutionnaires… En écoutant monsieur wang, je risquais les mêmes erreurs, en particulier celle de me contenter de l’idée que la Chine aimait les despotes. Là encore ce qui m’a aidé c’est la découverte cette année que des pensées aussi aux antipodes les une des autres que les taoïstes, les légistes et Conficius sont en fait les trois pôles extrêmes d’un même champ politique. Je vous conseille de lire le monde chinois de jacques gernet, ainsi que la pensée chinoise d’Anna Cheng, ça aide…
Moi ce qui m’a frappé c’est à quel point la Chine n’a pas de métaphysique mais une pensée politique y compris du cosmos. Je comprends et je ne comprends pas… Ce que je comprends, je le comprends à travers un prisme, celui de ma situation, c’est-à-dire l’impossibilité dans laquelle je me trouve de m’intéresser à la politique de mon pays et j’entends ce que me dit monsieur Wang, en pensant que l’incapacité totale du personnel politique occidental à exercer les fonctions politiques, leur droit à jouir d’un « héritage », à se maintenir en place est antidémocratique.
Monsieur Wang m’explique encore qu’en Chine les plus grosses fortunes peuvent être du jour au lendemain réduite au néant et que les possesseurs du capital le savent, ils sont fragile, ils peuvent être défaits, mais que le danger est qu’ils se solidifient, c’est pour ça qu’il faut tuer…
Détruire les « mafias » comme à Chongqing, avec 8000 dirigeants emprisonnés et certains executés ou descendus dans des batailles de rues… Comme du temps d’Al capone… Je pense à l’origine criminelle des pouvoirs capitalistes y compris du clan Kennedy… Et je me dis qu’en occident ce sont eux qui gouvernent et notre personnel politique y compris Obama ne sont que leurs marionettes… Comment expliquer autrement que l’on puisse tolérer que les banques jouent en ce moment contre l’euro quitte comme le dit le Monde à « casser la reprise » si reprise il ya…
Apparement les « acteurs de la finance » comme l’on dit pieusement pour ces vampires de l’argent public, sont inquiets (pauvres chers à tous les sens du terme) face aux déséquilibres budgétaires en fait ils spéculent comme des bêtes, attisent l’incendie boursier pour mieux faire suer le profit et ce aux dépens de nos emplois, de nos soins, de notre éducation, ce sont des gansters plus redoutables que le dit Al Capone, que toutes les mafias, le crime est leur métier…
Est-ce que l’on mesure bien les conséquence de la manière dont ils font grimper les taux d’intérêts auxquels les Etats peuvent emprunter, la Grèce, le Portugal sont atteints, à qui le tour… Qu’est-ce que la démocratie ? J’ai écouté longtemps monsieur Wang, je n’ai pas tout compris mais je pense que le dialogue a été fructueux.
Voilà, je voulais également vous dire que non contente de faire du chinois, je suis les cours de licence d’espagnol et de civilisation d’Amérique latine… C’est passionnant… Souvenez-vous un jour je vous ai expliqué que j’étais la femme qui retrécit et qui part à l’assaut des nervures d’une feuille comme d’un nouvel univers. j’aimerais avoir mille vie et être boulimique de tous les savoirs, les livres, les rencontres avec monsieur Wang…
La vie est une aventure…
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